Challenge : le paradoxe du soi

etre soi en société

Vous avez trouvé l’entreprise/le collectif de vos rêves, celui qui a les mêmes ambitions que vous : changer le monde ! Vous êtes heureux d’avoir trouvé un collectif de personnes qui vous semblent sincère, honnête, qui inspire confiance et qui a envie d’aller dans le même sens que vous. Vous pensez pouvoir y trouver les partenaires de votre aventure humaine. Bravo !

Vous rêvez d’une entreprise libérée/libérante où vous pourriez tester vos idées, échanger et construire avec d’autres le monde de demain 😉 Vous rêvez d’autogestion où personne ne vous dit quoi faire mais où vous pouvez déterminez avec vos collègues qui fait quoi en fonction de ses compétences et de ses appétence. Ca c’est le kiff ultime.

Souvenez-vous de ce que Marcel Mermoz (2ème chef de communauté de Boimondau) disait :

« l’autogestion c’est pas d’la tarte ».

Des gens motivés par la même flamme, qui sont bien élevés et sympa, et bien non ça ne suffit pas.

Aujourd’hui j’ai l’impression que nous n’acceptons pas les gens avec leurs envies, leurs forces, leurs faiblesses, leurs émotions, … Pourquoi la jeune fille devrait-elle porter des baskets pour monter ces escaliers ? Après tout si elle est confortable dans ses talons compensés et qu’elle veut profiter de la montée pour respirer les fleurs et méditer. Pourquoi n’y aurait-il qu’une seule voie/voix ?

Depuis notre plus tendre enfance, on nous demande de nous adapter (à l’école et à son rythme, au cursus scolaire pour trouver le travail qui est bien pour bien gagner sa vie et faire des enfants et leur donner ce dont ils ont besoin et patati et patata). Et si je n’ai pas envie d’avoir d’enfants, et si je ne veux pas apprendre cette matière parce que je sais déjà ce que je veux faire et si au contraire j’ai envie d’apprendre plein de sujets différents qui ne rentrent pas dans les cursus ? Et bien non, depuis le début, on nous modèle dans des moules à faire des gens qui feront ce qu’on leur dira.

AAAhhhhaaaahhh, ce n’est pas possible ça, nous ne sommes pas des machines à travailler pour quelqu’un.

Nous sommes des individus arrivés sur terre pour accomplir leur mission.

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Certains savent tôt ce qu’elle est (Michael Jackson par exemple, le talent et l’envie se sont conjugués au bon moment) pour d’autres, trouver la réponse est plus difficile (je cherche encore… ). Alors en attendant de savoir, on rentre dans un moule, dans un costume pas à notre taille, dans des chaussures qui ne nous ressemblent pas et on finit avec des séjours dans des hôpitaux, des cachets à prendre, des séances de psy, … pour se reconnecter avec soi. Et on se dit, mais qu’est-ce que je fais là ?

Mais le pire c’est qu’on attend des autres qu’ils rentrent dans le moule comme nous nous avons essayé. Nous n’avons pas su trouver notre liberté, nous nous sentons oppressés et résultat nous oppressons les autres ? Non ? Alors pourquoi y a-t-il des évaluations annuelles? J’abhorre ce mot. Qui sommes-nous pour pouvoir évaluer, juger de la performance de quelqu’un?

Pour apprécier quelqu’un, cette personne doit se comporter conformément à des attendus, connaitre des techniques, parler bas, ou parler fort et porter un costume, mettre des talons, être un homme, … ajouter les préjugés que vous voulez ; s’il n’est pas de la bande ou qu’il n’a même pas l’air de faire partie de la bande, pourquoi l’écouter ?

On se retrouve tous les jours à juger des gens (volontairement ou involontairement) : « c’est bien », « c’est moins bien ». J’ai envie de dire, pour toi peut-être avec le faisceau d’informations que tu as, mais peut-être que si on discute et que tu gardes une ouverture d’esprit, nous pourrons échanger et nous comprendre et peut-être pouvoir même construire une meilleure idée ensemble.

La difficulté liée à ce jugement perpétuel c’est que le climat de confiance peine à être établi. Ceux qui aiment être jugés, levez la main ?! Je doute sincèrement que quelqu’un lève la main. Mais alors pour quoi s’obliger à le faire ?

L’effet kiss cool du jugement est redoutable, il bloque l’expression des talents car lorsqu’on est évalué par rapport à un moule, on tente de s’y conformer en oubliant/occultant ce que l’on est ou pourrait développer et améliorer comme compétences/talents. Et pourtant, chacun dispose de talents incroyables. Cette personne qui capte l’attention du public par un regard, cette autre personnes capable de rédiger un discours percutant en 15 minutes, celle-ci capable de faire dire à la personne la plus réservée ce qui la gêne, cette personne pleine d’énergie qui égaye le plateau, celui qui fait des gâteaux, … Pourquoi les empêcher de s’exprimer ?

Et donc après avoir été noté à l’école, on est noté au travail et quand on fait des activités en associations, on se note, on joue, on compte les points. C’est la compétition constante avec l’entourage. La compétition qui détruit, pas celle qui engage à être meilleur puisqu’il n’y a qu’une seule place à la fin, le gagnant. Et on croit toute notre vie qu’il faut être le premier de la classe, celui qui a les meilleures notes, qui a le meilleur bureau, qui a la plus grosse voiture, le plus bel appartement, les enfants qui ont les meilleurs résultats, plus de plus de plus …

Et au travail au lieu de collaborer, on recherche le statut. Et cela est accentué par les objectifs individuels et la répartition de l’enveloppe d’augmentation.

Derrière ce constat se pose pour moi plusieurs questions :

  • Comment sortir de ce schéma mental : lui ou moi => passons au lui ET moi !
  • Comment remplacer cette reconnaissance statutaire  par un autre type de reconnaissance ?
  • Face à l’évolution rapide des technologies, des métiers, les parcours de formation, les schémas de carrière classique n’ont plus de sens ? Comment accompagner les enfants, les adolescents, les salariés dans leur aventure humaine ? Comment ne plus avoir de moule ?
  • A-t-on besoin de reconnaissance ? A quoi sert la reconnaissance ?
  • Comment reconnaitre les efforts, les risques pris et les résultats obtenus ?
  • Le travail réalisé ne suffit pas à être reconnu. Pourquoi ?

Autant de questions sur lesquelles je vais continuer à réfléchir… 🙂 Si vous avez des réponses, je suis preneuse.

Le système qui sera mise en place pour mettre en musique les multiples talents de l’entreprise saura jongler avec ces différentes questions.

Pour y répondre Marcel Barbu a élaboré pour les communautés de travail en plus de la structure et des instances de gouvernance, la notion de valeur humaine. La valeur humaine permet de valoriser les « bons comportements » et de dévaloriser les « mauvais comportements ». Comportements qui sont établis dès le départ par la communauté et auxquels on accepte de se conformer lorsqu’on intègre la communauté.

Le système mis en place dispose de 3 piliers robustes dans la mise en oeuvre :

  1. une règle minimum commune (connue et devant être respectée, les écarts sont connus et ont un impact sur la valeur humaine)
  2. une structure qui permet de mettre à disposition du compagnon tous les moyens nécessaires à son épanouissement (mis à disposition par les compagnons eux-mêmes)
  3. des instances de gouvernance permettant de se remettre en question tout en gardant la souveraineté des décisions dans les mains des compagnons avec des prises de décision à l’unanimité.

Pour Marcel Barbu :

« S’il est vrai que la communauté enlève à l’homme la liberté de faire impunément le mal, elle lui facilite singulièrement l’exercice du bien, et est ainsi pour lui le plus efficace moyen de libération.  » et cela indépendamment des origines, des possessions, des religions et autres caractéristiques de l’homme. Pour Marcel Barbu l’important c’est que les hommes sont et comment ils le manifestent dans le monde aujourd’hui. 

Et pour vous ça se passe comment ?

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